Voilà un texte que j’écris après avoir cessé de le chercher.
Il me parait important de visibiliser la question de la neuroatpicité dans nos cercles militants et politisés. Il existe trop peu de textes francophones sur ces questions-là, et la plupart des sources autonomes que l’on peut trouver sur l’autisme éludent la question relationnelle et/ou amoureuse.
Ce texte va se concentrer sur les personnes concernées par l’autisme. Il n’est cependant pas représentatif de toutes les réalités des personnes se trouvant sur le spectre de l’autisme. Mon intention est proposer des pistes et d’exemplifier certaines réalités. Il faut cependant prendre en compte que l’autisme étant un spectre, les exemples cités dans le textes ne correspondent pas forcément à toutes les personnes autistes. Il vaut toujours mieux parler directement avec une personne autiste qui saura mieux que personne d’autres vous parler de ses particularités.
J’écris ce cetxte suite à mes propres expériences amoureuses, mais aussi car je suis attristée de voir encore et encore des ami.es autistes qui renoncent aux relations amoureuses alors qu’elles étaient souhaitées, pour des raisons de mésinformation sur l’autisme, et pour cause d’épuisement à devoir toujours s’adapter à leur partenaire neurotypique (NT) ou allistique (non-autiste). Tristesse aussi de continuer à entendre parler de l‘autisme à travers « les enfants autistes », comme si nous ne devenions jamais adultes, comme si en tant qu’autiste, nous restons pour toujours infantilisé.es et perçu.es comme des enfants.
Ce zine concerne tous les types d’organisation de relations amoureuses: mono- ou poly-amoureuse, sexuelle, demie-sexuelle, ou asexuelle, et ainsi de suite…
Chaque chapitre est séparé en 3 paragraphes.
Le premier: sujet du chapitre en général chez les autistes.
Deuxième partie: sujet du chapitre dans un contexte de relation amoureuse/sexuelle/…
La troisième partie: quelques pistes, conseils et idées concrètes
Tables des matières:
- Glossaire des termes utilisés
- La communication
- Les émotions
- Les sens
- La « forme » d’une relation
- La sexualité
Ce texte est écrit par une féministe diagnostiquée autiste asperger.
Bonne lecture!

Glossaire des termes utilisés:
# Autisme:
Il s’agit d’une condition mentale et cognitive atypique. On parle de condition car l’autisme n’est pas considéré (par la psychiatrie) comme une pathologie ou un trouble «curable», mais comme un fonctionnement intrinsèquement différent. Les neuroatypies et neurodivergeances en général, malgré leurs classifications comme maladies ou troubles peuvent également entrer dans l’idée d’une condition.
L’autisme est considéré comme un spectre, il ne s’agit donc pas d’une case fermée regroupant X symptômes et Y comportements similaires. L’expression de l’autisme varie donc d’une personne à l’autre.
# Neuroatypique (NA):
Personne dont le fonctionnement neurologique, mental, cognitif ou émotionnel est considéré par la société ou la psychiatrie comme hors-normes ou pathologique. Ce terme définit donc une personne dont le fonctionnement mental n’est pas dans la norme dominante, et qui par conséquent subi une oppression systémique appelée psychophobie (rejet et/ou stigmatisation de la folie et des neuroatypies) .
# Neurotypique (NT):
Personne se trouvant dans la norme mentale, dont les fonctionnements cognitifs, neurologiques, émotionnels et mentaux correspondent à la norme. Cela ne veut pas dire que la personne est « normale », ou qu’elle est heureuse et qu’elle n’expérimente jamais aucune difficultés, mais que l’éventails des expériences émotionnelles ou mentales correspondent à ce qui est socialement attendu ou accepté.
# Allistique:
Personne qui n’est pas sur le spectre de l’autisme. Cela peut être une personne neurotypique ou une personne neuroatypique concernée par la santé mentale mais ne se trouvant pas sur le spectre de l’autisme.
1. La communication
En général, la communication représente un réel enjeu pour la plupart des personnes se trouvant sur le spectre autistique. Quelle soit verbale ou non-verbale, la communication peut représenter un « effort » exigeant beaucoup de concentration. Parfois, cette concentration est visible, parfois pas du tout, mais elle est réelle.
Comme l’autisme est un spectre large et varié, il n’existe pas un unique schéma communicatif des personnes concernées par l’autisme. Mais voici une exploration de quelques enjeux principaux que peut expérimenter une personne autiste en ce qui concerne la communication:
La personne peut ne pas répondre, répondre très lentement, trop rapidement, partir dans de grandes tirades complexes et difficiles à suivre, couper la parole, ne pas savoir quand son tour est venu de répondre, ne pas réussir à prendre en compte le facteur « émotionnel » d’une discussion, être perçu.e froid.e ou manquant.e de tact , ne pas comprendre ni réagir face aux sous-entendus, blagues, doubles-sens, ambiguïtés, sarcasme…
Si vous parlez à une personne autiste, cela peut représenter un réel soulagement pour elleux de limiter vos usages du sarcasme ou de l’humour, ou de les expliquer/préciser (« c’est du sarcasme »).
Certain.es autistes ne les comprennent pas, mal, au premier degré, ou complètement de travers.
Il ne s’agit pas de mauvaise volonté. Les autistes ont passé leur vie à apprendre de chaque interactions. C’est pourquoi certain.es possèdent déjà une sorte de «banque de données» d’expressions ou de sarcasmes. Il faut comprendre que le fait d’apprendre une expression n’inclut pas le fait d’apprendre «à comprendre les expressions» , comme pour le sarcasme. Cela se fait au cas par cas.
Il y a aussi tout un éventail de gestes mobilisés lors d’interactions sociales.
Pour une personne autiste, vous voir parler tout en bougeant les mains, changer votre posture, et suivre vos expressions faciales peut être un peu angoissant et rendre l’interaction compliquée à «traduire» ou décoder.
Certain.es autistes n’aiment pas regarder dans les yeux, d’autres se force à le faire et d’autres encore n’ont pas de soucis lié au regard. Il faut comprendre que, bien que cela puisse paraître malpoli ou irrespectueux, il s’agit en fait d’un moyen pour mieux se concentrer. Nous pouvons entendre avec nos oreilles, sans nos yeux, même si nous avons l’air de ne pas écouter et de regarder par la fenêtre, de fixer le sol et ou de faire autre chose.
Quand je parle avec quelqu’un.e, je dois sans cesse piocher dans ma «banque de donnée» pour comparer et vérifier avec mes précédentes expériences interactionnelles, puis les valider ou non, en fonction de si elles s’adaptent ou non au contexte.
Une simple discussion peut donc être éprouvante. La plupart du temps, j’évite le regard pour limiter l’afflux d’information, et parce que regarder dans les yeux ne me vient pas «naturellement» et exige trop de concentration. Quand je me retrouve à essayer de regarder la personne à laquelle je parle, je fini souvent par n’avoir rien entendu ni compris ce qu’elle m’a dit.
Un.e autiste peut vite être submergé.e par le trop plein d’informations: expressions faciles difficiles à comprendre, intonations des voix, bruit ambiant, codes sociaux, interjections, et ainsi de suite.
Dans le cas de la communication dans un contexte relationnel/amoureux, ces même difficultés perdurent, exacerbées par l’aspect intime d’une relation (amoureuse, sexuelle, asexuelle, etc…)
L’expérience de l’intimité émotionnelle chez une personne autiste peut être désarçonnante pour une personne allistique (non autiste) ou une personne neurotypique. Dans mon cas par exemple, je suis relativement incapable d’exprimer mon attachement par les façons «attendues» dans une relation (contact physique, gestes d’affection, déclarations, et ainsi de suite). Cela ne veut pas dire que l’amour /affection n’est pas présent, simplement parce qu’il s’exprime autrement.
Il est important de communiquer et de comprendre comment une personne autiste peut exprimer son attachement. Peut-être ces biscuits qu’iel vous cuisine sont plus qu’une simple petite attention? Peut-être que ce stylo noir offert parce que vous avez perdu un stylo récemment veut en fait dire «je me soucie de toi et je t’aime» ou que que cette proposition de boire un thé ensemble représente en fait un énorme pas dans le partage d’intimité…
Dans les situations conflictuelles ou lorsqu’il y a des tensions ou des soucis dans la relation, il se peut qu’une personne autiste exprime les tensions d’une façon qui, pour une personne neurotypique, peut sembler «inappropriée».
J’ai par exemple déjà critiqué ouvertement et sans détour (perçu donc comme « froidement ») un comportement d’un.e amoureux.se sans comprendre que l’honnêteté «ne suffit pas», mais qu’il faut également le faire «de façon douce et indirecte si possible».
D’autres exemples pourraient être: dire en publique lors d’un repas à son amoureux.se «je suis insatisfait.e de notre relation» , sans réaliser que «ce n’est pas le contexte approprié».
Une autre réaction face aux problèmes relationnels peut aussi être dans l’incapacité de parler, ou débuter une discussion très théorique en oubliant les facteurs émotionnels, en par exemple, répondant en citant une étude sur la jalousie au XVIème siècle quand son amoureux.se exprime sa jalousie.
Certaines personnes autistes (ainsi que des personnes vivant d’autres neuroatipicités) peuvent expérimenter une « pensée en arborescence ». Il s’ait d’un type de pensée en «réseau» ou en toile. Parfois, un mot, une information ou un concept peut dans ce cas générer une foule d’autres pensées, idées, concepts et faire une multitude de liens entre les choses.
Cela peut donc donner des discussions où une personne ayant une pensée en arborescence semblera de l’extérieur se disperser et parler de tout et de rien en même temps, alors que de l’intérieur, sa pensée à fait le lien entre, par exemple, cette proposition de sortie en tête-à-tête et le dernier livre sur les alligators qu’elle a acheté.
Cela peut parfois donner l’impression à la personne d’en face qu’on ne l’écoute pas ou qu’on pense à autre chose.
Ces schémas ne sont pas « faux », ils sont différents.
La bienveillance, outil politique fantastique, peut de l’extérieur sembler faire «défaut» à certaines personnes autistes ou NA. Pourtant, il ne devrait pas exister une «bienveillance normée», un script de la bienveillance basé sur les capacités des normes psycho-émotionelles.
Ce qui peut être perçu comme une critique cinglante, froide et factuelle par un.e NT, peut, pour un.e autiste, être réellement une intention bienveillante (« je suis honnête et direct, je communique pour résoudre une tension, mon intention est une résolution de conflit »).
Si tu es une personne NT relationnant avec un.e autiste, cela ne veut pas dire qu’il faut «tout accepter» et ne pas ressentir la peine ou la colère que tu pourrais ressentir face à des comportements « inappropriés », mais par contre, cela peut être super de méta-communiquer (communiquer sur la communication) sur cela, et comprendre qu’il ne s’agit pas d’une mauvaise volonté ou de malveillance, mais d’une façon de communiquer qui est socialement blâmée.
Bien sûr, les autistes peuvent apprendre à se normaliser et à limiter/cesser certains types de communication. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la plupart du temps, les personnes autistes le font déjà tout le temps, depuis toujours, maladroitement peut-être, mais de façon constante.
Depuis toujours, les autistes tentent d’apprendre/DOIVENT apprendre à normaliser leur communication, à s’adapter à la communication NT, à la comprendre… C’est un travail à vie, qui ne s’arrête pas.
Alors, peut-être que de temps en temps, les amoureux.ses d’autistes pourraient aussi essayer d’apprendre et de comprendre les moyens de communication de leur partenaire, ou du moins, en discuter et voir quels aménagements et apprentissages sont possibles des deux côtés.
Conseils: Proposer une méta-discussion sur vos façons de discuter et communiquer peut être une belle initiative. Ne pas partir du principe que tout le monde communique de la même façon et a les mêmes capacités, c’est aussi être inclusif.ve et cesser de présumer que si un.e autiste s’adapte depuis toute sa vie, iel peut continuer à le faire dans le cadre de votre relation.
J’ai attendu toute ma vie, en tant qu’autiste, qu’une personne me demande « comment préfères-tu communiquer? veux-tu qu’on discute d’aménagements, ou que l’on partage ce que la communication implique pour chacun.e de nous, nos difficultés ou nos pratiques communicationelle? ».
J’ai fini par le proposer moi-même, non sans angoisse, peur du rejet, peur d’avoir l’air complexe, pénible, pas spontanée, peur de donner l’impression que j’exige/impose quelque chose (choses que l’on m’a énormément dites lorsque j’ai proposé de telles méta-discussion).
Ces peurs résultent simplement d’un constat: les autres réalités/capacités ne sont que trop peu questionnées et discutées. Pourtant, dans une approche bienveillante (féministe et politique) d’une relation, ces questions doivent être discutées, car elle touchent également au consentement.
Pour une personne autiste, devoir, sans que l’on ne vérifie jamais si cela est OK pour elle, verbaliser, réagir de façon fonctionnelle et émotionnelle, être capable de maîtriser une discussion, cela peut potentiellement violenter, terroriser, et épuiser.
Partager donc autour de la communication. Voyez ensemble si la communication verbale est suffisante ou s’il lui est préférée d’autres modes de communication. Une idée serait par exemple de complémenter la communication verbale par l’usage d’un cahier-relationnel que vous vous passez tour après tour, pour y inscrire certaines choses difficiles à verbaliser, et ainsi de suite.
Une autre idée, selon les besoin, est d’intégrer l’usage de codes «simplifiant» les choses. Comment exprimer à son amoureux.se que l’on est triste ou fâché s’iel ne le comprend pas uniquement avec le contexte ou vos sous-entendus? Dire les choses directement «je suis faché.e », « je suis en colère », « je suis inquiet.e » .
Des codes plus abstraits peuvent être utilisés. Par exemple, envoyer un texto avec le chiffre 3 pourrait, selon entente, signifier «j’aimerai bien te voir car je suis triste, es-tu disponible?», et ainsi de suite.
« Ouhhhhhh, c’est tellement pas spontané!! ».
En effet. Mais le culte de la spontanéité est intrinsèquement psychophobe et capacitste. Tout le monde n’est pas capable de générer des comportements spontanés, et pour certaines personne, la spontanéité est vecue comme une violence.
Pourquoi la non-spontanéité est-elle considérée comme rebutante, moins sincère, moins authentique, moins réelle, moins sexy?
On accepte l’idée que dans le consentement sexuel la non-spontanéité et les négociations sont politiques, et on commence à comprendre que «devoir demander si telle pratique sexuelle est ok» ne «casse pas l’ambiance» mais permet une relation sexuelle consentie. Pourquoi, dans le consentement relationnel, la spontanéité reste plutôt valorisée et n’est jamais questionnée?
2. Les émotions
En général, et dans les relations amoureuses, il existe le cliché de l’autiste-robot-extraterreste qui ne ressent rien et qui n’a aucune empathie. Il existe en effet des personnes autistes qui pourraient correspondre à cette définition, et d’autres qui ne lui correspondent pas.
Cependant, ce cliché est souvent mal compris et utilisé comme prétexte pour railler/condamner/rejeter/ne pas considérer les personnes autistes.
En réalité, certaines personnes autistes ne ressentent pas les émotions de la même façon, mais cela ne veut pas dire qu’il y a une absence totale d’émotion.
Certaines personnes autistes peuvent par exemple ressentir leur émotion de façon extrêmement intellectuelle et rationalisée.
Par exemple, l’amour peut être une sorte de « constat », de « calcul » ou « d’équation » (comme je le vois, en tout cas) du type « appréciation de la personne + temps passé + estime+ envie d’être avec + plaisir ressenti = amour ».
Encore une fois, cela ne semble pas très sexy, mais personnellement, je ne trouve pas cela moins logique qu’une description plus « normée » de l’amour du type «j’aime être avec toi, j’ai des papillons dans le ventre et tu me fais du bien ».
Parallèlement à cette rationalisation des émotions , certaines personnes autistes peuvent également expérimenter de grands stress, effondrements, panique, euphorie. Il n’est par exemple pas très rare qu’une personne autiste soit perçue comme « froide » en «amour» mais comme passionnée et oephorique concernant un de ses intérêts spécifiques (où comment ne pas broncher quand on aime bien quelqu’un.e mais crier de joie quand on voit une abeille et presque en pleurer -si on aime les abeilles-).
La lecture des émotions d’autrui peut également être compliquée pour les personnes autistes. Elles peuvent se sentir totalement désemparées ou paniquées devant quelqu’un exprimant verbalement ou non verbalement une émotion, positive ou négative.
Cela peut créer des tensions du type « tu ne te réjoui pas pour moi/ tu n’as pas d’empathie/tu ne me consoles pas/tu as manqué de tact lorsque je pleurais/ tu as réagi très bizarrement quand j’étais en colère ».
Dans le cadre d’une relation amoureuse, face à un.e amoureux.se qui n’est pas sur le spectre de l’autisme qui exprime ses émotions amoureuses à une personne autiste, cela peut générer une certaine panique voire une grande tristesse du type « cette personne est émue et me dit de belles choses mais je ne sais absolument pas comment réagir ni verbalement, ni comportementalement et cela ne génère pas en moi des émotions positives mais plutôt des pensées positives: est-ce que je fais faux? ».
Les émotions liées aux relations amoureuses peuvent être complexes. Une personne autiste peut ne pas les comprendre mais les souhaiter, ne pas les comprendre et n’avoir aucun intérêt pour les liens romantiques (dans ce cas, peu de chance que ce zine vous concerne?), les comprendre différemment, mal saisir les concepts d’amitié et d’amour, et ainsi de suite.
Cela ne s’applique bien sûr pas seulement aux personnes autistes. Mais dans mon expérience de personne autiste souhaitant des relations amoureuses, je n’ai malheureusement eu que des relations ne m’autorisant pas à vivre une relation « comme je le peux », devant incessamment me normaliser aux attentes des normes comportementales-amoureuses, et pourtant, je n’ai relationné qu’avec des personnes féministes et/ou NA mais allistiques (concernée par la santé mentale mais pas sur le spectre autistique). Il est donc important, si vous êtes en relation « amoureuse » avec une personne autiste, de valoriser sa façon de vivre/ressentir l’attachement et l’amour, et de ne pas faire un amalgame entre « relation dysfonctionnelle » et « relation fonctionnant différemment ».
Conseils:
Encore une fois, éviter d’oublier que tout le monde n’a pas le même schéma émotionnel ni même la même capacité émotionnelle.
Si vous ne « reconnaissez pas » une émotion ou que vous pensez que la personne n’en exprime pas de façon «visible», cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, que les émotions n’existent pas et qu’elles ne sont pas sincères, importantes et valables.
Vous pouvez tenter de trouver un compromis entre vos besoins, attentes relationnelles et capacités. Vous pouvez dresser une liste de vos insécurités/besoin du type:
« j’ai besoin d’être rassuré.e sur ton amour, lorsque tu veux/peux me le communiquer »
« j’ai besoin de savoir que tu acceptes ma façon de t’aimer »
« j’ai besoin régulièrement de moments privilégié tous les deux, quels qu’ils soient »
…
Comparer ensuite vos listes, cela vous permettra de réaliser si elles sont compatibles et comment, ainsi que quels aménagements peuvent être mis en place.
Une autre idée serait de régulièrement prévoir de petits rendez-vous de « mise à jour » et partage de vos émotions ou des choses dont vous souhaiteriez parler, puisque parfois il est facile de rater quelque chose, de ne pas du tout voir ni comprendre que, par exemple, durant la semaine écoulée, son amoureux.se à essayer d’exprimer quelque chose en lien avec la relation. Cela peut devenir un joli rituel-relationnel, comme d’aller de temps en temps faire une ballade en forêt, faire un pic-nic, et aborder ces questions-là.
Comme il peut être compliqué pour une personne NT ou allistique de comprendre les fonctionnements d’un.e amoureux.se autiste, cela peut-être symétriquement difficile pour une personne autiste de comprendre les attentes et comportements de son amoureux.se.
L’idée n’est pas de faire des « cours pour comprendre l’autisme » mais plutôt de partager sur vos fonctionnements différents, et d’apprendre chacun.e le « langage émotionnel et relationnel » de l’autre.
3. Les sens:
En général: Les personnes autistes peuvent (pas forcément toutes mais la plupart) vivent avec des particularités sensorielles. Certains sens peuvent être surdéveloppés ou d’autres sous-developpés, et d’autres peuvent encore expérimenter de la synesthésie (connexion entre deux ou plusieurs sens, du type sentir tacitement les odeurs, sentir l’odeur du toucher, sentir physiquement les couleurs, sentir l’odeur des sons.)…
L’ouïe très sensible peut donc rendre la vie quotidienne cauchemardesque. Aller poster une lettre ou rejoindre quelqu’un.e peut représenter une épopée dans un univers de sons qui parfois ne sont pas « hiérarchisés »: la personne qui parle en face est entendue au même niveau sonore que la goutte d’eau qui fuit d’une gouttière ou que les roues d’une poussette qui traverse la rue.
La vue peut être à la fois perçante et limitée, dans le sens où les couleurs, différentes lumières, mouvements environnements et petit détails de textures peuvent devenir très visibles alors que le champ de vision est « réduit » comme si l’on regardait à travers un cylindre.
Certains gouts ou odeurs (ou combinaisons) peuvent bouleverser, perturber, angoisser, et dans le sens contraire, certains gouts/odeurs peuvent fasciner et devenir une obsession.
Dans un cas de synesthésie, certaines interactions peuvent « faire mal à la peau », et ainsi de suite, ce qui peut complexifier encore plus les échanges inter-personnel et surcharger.
Dans le cadre d’une relation, où les sens sont parfois sollicités lors de rapports sexuels/échange d’affection/de tendresse/contact physiques, il faut penser à redoubler d’attention sur la notion du consentement et ne pas hiérarchiser les gestes.
Un frôlement de la main , même involontaire, peut être aussi troublant ou intense qu’un baiser pour certaines personnes. Si une personne autiste est extra-sensible au toucher, il faut comprendre que si vous décidez de vous tenir la main, la personne autiste pourrait être encore moins capable de parler ou de se concentrer, car cela pourrait lui prendre beaucoup d’énergie.
Par exemple, lorsqu’on me touche pendant le visionnage d’un film par exemple, je dois renoncer au film et me concentrer sur le contact physique. Cela peut créer des situations mal interprétées, par exemple si l’on se promène main dans la main mais que la personne autiste semblent lointaine, ne parle pas, se concentre. Son amoureux.se pourrait lui dire « je ne comprends pas, on passait un joli moment mais tu semblais fâché ou irrité ».
Conseils: communiquez également sur les aménagements que les particularités sensorielles pourraient nécessiter. Pensez aux bruits, ou à l’accumulation de stimulations sensorielles quand vous accueillez une personne autiste. Est-ce que la radio en bruit de fond, le bruit du frigidaire, le bruit du néon et sa lumière lui conviennent ? Y a t-il de fortes odeurs, parfum, déodorant, bougie parfumée, produits d’entretien, épices… ? Peut-être, si vous dormez ensemble, que votre linge de lit représente une torture pour sa peau?
Une simple discussion peut parfois révéler de petit détails qui expliquent l’inconfort ou l’angoisse du partenaire autiste. S’il refuse de boire ou café de façon visiblement irritée certains jours seulement, c’est peut-être pour une raison précise et invisible du type « je ne peux pas boire dans une tasse avec des motifs car cela me sur-stimule visuellement, mais je ne peux pas le communiquer autrement qu’en me refermant sur moi-même». Irritation et tension envolée si la personne autiste peut emmener sa propre tasse ou si vous garder une tasse lui convenant sous la main lorsque vous l’inviter (ceci est un simple exemple pour illustrer que parfois, il y a des raisons très précises à un comportement, et que parfois cela n’a rien a voir avec une tension relationelle, mais que cela peut-être compris comme cela)
Il est possible de limiter les stimulations sensorielles et d’en tenir compte avec bienveillance. Ce genre de détails peuvent soulager une personne autiste et lui permettre d’être plus concentré.e, présent.e dans votre moment passé ensemble, et d’avoir ainsi un moment de meilleure qualité, qui ne sera pas parasité par tout cela.

4. La *forme* d’une relation amoureuse :
Ici, je veux parler des fréquences et codes qui structurent une relation. Ce chapitre va peut-être sembler particulièrement rebutant mais il évoque une réalité potentiellement douloureuse: celle des « imprévus » et de l’angoisse qui peut en découler.
La plupart du temps, chez les NT, ces codes semblent implicites, et la norme de forme relationnelle n’est jamais spécialement discutée de façon claire.
La plupart des personnes se trouvant sur le spectre de l’autisme expérimentent parfois un grand besoin de structure.
Si une structure n’est jamais discutée et mise en place, la personne autiste pourrait tisser une toile structurante autour de la relation pour y donner du sens. Autant le faire à deux, donc, pour éviter les drames.
Certains détails « organisationnels » d’une relation peuvent être tout aussi important voire plus importants que les sentiments partagés (je m’appuie sur mon propre exemple pour écrire une chose comme cela que j’espère pas trop choquante).
Autrement dit, selon les besoins et fonctionnements de la personne autiste, certaines « règles » sont capitales et lorsqu’elles ne sont pas discutées ou prises en compte, elles peuvent vraiment blesser ou paniquer le partenaire autiste. Par exemple:
Visites à l’improviste, retards non prévenus, invitation de personnes à la maison sans prévenir (si vous vivez ensemble ou lors d’un moment passé ensemble), annulation d’activité, délai pas tenu (par exemple « j’appelle X demain pour le loyer » et puis ne pas le faire), et ainsi de suite.
Encore une fois, cela ne veut pas dire que vous êtes obligé.es de suivre les « règles » scrupuleusement. Non. Par contre, cela peut vous permettre de mieux comprendre la réalité de votre partenaire autiste, et de comprendre les facteurs de stress qu’iel expérimente au quotidien, en, dans la mesure du possible et selon votre relation, faisant attention à ne pas trop mal-mener votre amoureux.se.
Un rdv annulé sans que cela n’ai été prévenu, par exemple, peut avoir un réel impact sur la santé d’une personne autiste. Voici un exemple que j’ai vécu:
Nous avions rendez-vous, P. et moi, mardi à 16h. Dans ce genre de cas, je dois (pas forcément toutes les personnes autistes), prendre 4h la veille pour me « préparer mentalement » et pour me reposer en vue de l’énergie qu’une interaction va me demander. Le jour même, en général, je ne peux rien prévoir avant le rendez-vous, car je dois conserver mon énergie pour le rendez-vous. Ensuite, je dois prévoir ne rien faire durant le fin de journée du rendez-vous pour me reposer et « digérer » les informations (sensorielles, émotionnelles, interactives, etc) et également rien le matin suivant souvent, pour la même raison.
Cela me prends donc une douzaine d’heure pour un rendez-vous, même s’il ne dure que 2h.
Lors d’annulation non-annoncée, je fini souvent par m’effondrer en pleurs et de panique.
Cela n’a rien à voir avec le mécontentement d’une annulation, c’est purement et simplement lié au stress et à l’énergie qu’une interaction peut exiger et à ce qu’elle demande d’organisation et de préparation.
Par contre, si la personne m’informe le plus tôt possible qu’elle ne pourra pas honorer notre rendez-vous, j’ai appris à le gérer. Cela n’est pas simple non-plus, mais totalement maîtrisable.
Un autre aspect de la « forme relationnelle » est les aménagements de solitude.
En ce qui me concerne, dans toutes mes relations, mes partenaires m’ont dit à un moment ou un autre que j’étais « trop indépendante » et ont critiqué le fait que je pouvais et souhaitais passer parfois de longues périodes sans leur écrire, sans les voir, sans leur parler.
Certaines personnes autistes dont moi, saisissent mal les facteurs fréquences et régularité d’une relation amoureuse.
Cela peut prendre la forme d’un besoin de solitude (ou de voir d’autres personnes) ou au contraire un besoin constant d’être en contact avec son amoureux.se.

En ce qui concerne le besoin de solitude, il faut savoir que la plupart des personnes se trouvant sur le spectre de l’autisme ont besoin de se ressourcer avec elleux-même, et besoin d’entretenir leur autre relations (relation avec soi-même, relation avec les passions et intérêts, etc). Ce besoin là peut parfois les mener à « oublier » tout le reste, et à ne pas du tout se rendre compte que cela peut inquiéter ou vexer une autre personne.
Si une personne autiste informe son amoureux.se par exemple que « je ne vais pas t’écrire ni te voir pendant une semaine » ou simplement s’iel « disparait » un moment, cela ne veut pas dire que les sentiments ou que la nature de la relation ont mutés pour iel. Dans mon exemple, j’ai souvent « disparu », parce que j’avais autre chose à faire ou souhaitais prendre soin de ma relation avec moi-même, tout en ne jamais remettant en question mes relations amoureuses du moment.
Conseils:
Ces questions de forme relationnelles sont complexes. Il est plus ou moins nécessaire d’aménager un échange et une discussion sur cet enjeux-là, pour éviter les mauvaises interprétations et aussi pour voir dans quelles mesures certains comportements liés à l’autisme sont vivables ou non pour la personne non-autiste.
A nouveau, l’idée de ces exemples et de ce texte n’est pas de convaincre les NT de « tout accepter » de la part de leur partenaire autiste. En communiquant sur vos facteurs de stress, vos habitudes de fréquence relationnelle, vos besoins ou non d’indépendance, vous éviterez de gros bugs. Ensemble, vous pouvez aussi décidez de ce que chacun.e décide de changer ou de travailler, pour que votre relation soit satisfaisante et le moins violente possible pour chacun.e.
5. La sexualité:
Au delà de toutes les orientations sexuelles possibles (asexualité, greysexualité, homosexualité, demisexualité, hétérosexualité, etc…), une personne autiste pourra avoir un rapport à la sexualité un brin différente. Voici ici quelques exemples:
Certain.es, si ce sont des personnes sexuelles, peuvent percevoir la sexualité comme un « besoin physiologique » bénéfique pour la santé. Dans ce cas-là, la nature « relationnelle et émotive » de la sexualité peut être absente et donc créer une sorte de décalage si le partenaire vit la relation sexuelle également sur un plan émotionnel.
Dans d’autres cas, une personne autiste peut souhaiter une sexualité mais ne pas s’en sentir capable à cause notamment d’hypersensibilité sensorielle ou d’angoisse. D’autres encore non pas trop la notion de la pudeur et peuvent donc brusquer certaines personnes en, par exemple, se mettant nu.es tout d’un coup.
Il faut garder en tête que le consentement doit rester central dans toutes pratiques sexuelles.
Conseils et idées:
Echangez sur vos attentes, vos expériences, vos besoins et limites sexuelles. Un consentement rigoureux et une négociation de chaque geste d’affection/érotique peut rendre envisageable une intimité à une personne autiste qui sans cela, renoncera littéralement à partager de l’intimité physique.
Si vos sexualités semblent incompatibles (grand désir de contact physiques érotique VS n’aime pas être touché.e), tentez de trouver ensemble des compromis ou des alternatives.
Peut-être qu’une personne hypersensible qui n’aime pas être touchée mais qui souhaite et désire tout de même entretenir un lien physique avec son amoureux.se aimera peut-être être touché.e par l’intermédiaire d’un objet? Un gant? Le souffle? L’eau?
Peut-être qu’une personne synesthète ne supportera pas être touchée en présence de certaines odeurs, bruits ou couleurs, ou au contraire, peut-être que toucher votre t-shirt bleu lui procurera du plaisir et qu’elle ne peut imaginer vous toucher que si certains facteurs sont réunis?
Si la personne autiste refuse un rapport sexuel génital avec contact physique mais ressent du désir, à la place de d’abandonner vos désirs, une masturbation l’un.e en face de l’autre pourrait être une solution excitante? Si cela n’est pas désiré, s’échanger des nouvelles érotiques écrites ensemble ou individuellement peuvent être aussi un joli moyen de cultiver un lien érotique entre vous, utilisable si envie comme fantasme.
Dans tous les cas, autiste ou non, la sexualité est un immense paysage à explorer et découvrir. On peut aimer des choses considérées comme hors normes (même par la culture féministe) ou aimer des choses très spécifiques, ou ne rien aimer, ou être en questionnement. En discutant. échangeant et expérimentant, vous découvrirez peut-être quelque chose plaisant chacun.e.
Sur le même thème, un article récent et très complet (mais en anglais) : https://spectrumnews.org/features/deep-dive/sex-foreign-words/
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